Droits de douane : comment la Maison Blanche s'est pris les pieds dans le tapis
information fournie par Zonebourse 23/02/2026 à 16:24
Au milieu d'une actualité très dense et alors que les Etats-Unis semblaient proches d'une guerre avec l'Iran, la Cour suprême a rendu sa décision sur les droits de douane vendredi après-midi. Un jugement attendu depuis des semaines, qui invalide les droits de douane imposés par Donald Trump au titre de l'IEEPA.
L'IEEPA (International Emergency Economic Powers Act) est une loi de 1977 qui permet au président de prendre des mesures pour lutter contre une "menace inhabituelle et extraordinaire". C'est cette loi qui a été utilisée pour imposer la majorité des droits de douane décidée en 2025 :
- Les droits de douane réciproques du 2 avril (dont les taux ont évolué par la suite).
- Les droits de douane liés au fentanyl imposés en février 2025 au Canada (25%), au Mexique (25%) et à la Chine (20%, puis 10% depuis le sommet Trump-Xi fin octobre en Corée du Sud) en février.
Selon le Budget Lab de Yale, le taux moyen de droits de douane aux Etats-Unis est ainsi passé de 16% à 9.1% après la décision de la Cour suprême, puis est remonté à 13.7% après les contre-mesures de Donald Trump.
Décision la plus importante en 100 ans
Voilà pour les faits. Sur le fond, la décision de la Cour suprême est un sérieux revers pour Donald Trump. D'abord, parce que c'est un pilier de sa stratégie économique. Les droits de douane sont présentés comme un moyen de rééquilibrer les échanges commerciaux, de réindustrialiser les Etats-Unis, et de faire payer les autres pays qui volent les emplois et les usines américaines depuis tant d'années.
Ensuite, parce que depuis le début de son second mandat, Donald Trump n'a eu de cesse de repousser les limites du pouvoir présidentiel, avec la bienveillance de la Cour suprême. C'est la première fois que celle-ci s'oppose réellement au président. Parmi les juges qui ont voté pour l'invalidation des droits de douane (6 contre 3), deux ont d'ailleurs été nommés par Trump durant son premier mandat : Neil Gorsuch et Amy Coney Barrett.
Le revers est d'autant plus important que l'administration Trump a dramatisé la décision de la Cour suprême. Dans une interview à l'émission 60 minutes en novembre, Donald Trump parlait du "sujet le plus important discuté par la Cour suprême en 100 ans".
Mais pourquoi avoir dramatisé à ce point la décision de la Cour suprême ? Tout le monde savait depuis des mois qu'il était possible, voire probable que la Cour suprême invalide les tariffs (compte tenu de la tonalité de l'audience en novembre). Et tout le monde avait aussi bien compris que la Maison Blanche déclencherait immédiatement la riposte, pour en quelque sorte contourner la Cour suprême et sauver les droits de douane. L'administration Trump aurait très bien pu minimiser la portée de cette décision et se contenter de dire que les droits de douane resteraient en place quoi qu'il arrive.
Bon à la télévision ?
Le jugement de la Cour suprême arrive aussi à un moment où la Maison Blanche essaie d'adresser l'enjeu de l' affordability (le coût de la vie), thématique centrale de la campagne des midterms . Demain, Donald Trump doit prononcer le traditionnel discours sur l'état de l'Union. Il devait profiter de ce rendez-vous pour mettre en avant son bilan économique.
De ce point de vue, le retour au premier plan des droits de douane est plutôt de nature à brouiller le message. Le président Trump devra expliquer demain soir tout ce qu'il a fait pour lutter contre l'inflation, au moment où il essaie de réimposer des droits de douane à tout le monde.
Des tariffs qui sont en grande partie payés par les Américains. Plusieurs études ont abouti à cette conclusion. Et récemment, c'est une analyse de la Fed de New York qui estime que les entreprises et les consommateurs américains ont supporté plus de 90% des coûts des tarifs douaniers en 2025.
Un rapport qui serait sans doute passé relativement inaperçu (au milieu d'une actualité déjà dense) si Kevin Hassett ne l'avait pas publiquement critiqué. Sur CNBC mercredi dernier, le conseiller économique de la Maison Blanche parlait du "pire papier de recherche de l'histoire de la Fed" et demandait des sanctions contre ses auteurs.
Des commentaires qui ont suscité des levées de boucliers de toute part et mis l'attention de tout le monde sur cette analyse. Kevin Hassett a longtemps été vu comme le favori pour succéder à Jerome Powell à la tête de la Fed. Mais Donald Trump a finalement souhaité le garder à son poste, appréciant notamment sa défense des politiques de l'administration lors de ses passages à la télévision...
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